1/12ème RCA Algérie

1/12ème RCA

05 avril 2010

RECITS CONCERNANT L'ESCADRON

12_RCA_BLADANET_petit S/Lieutenant Jacques BLADANET - juin 1956

Mon appartenance au 12ème RCA à duré 18 mois: de Juin 1957 (j'avais 26 ans et j'étais marié depuis 3 mois quand j'ai été incorporé) à Décembre 1958, où j'ai réintégré mon poste de Professeur à Casablanca. Il y eut 2 périodes très distinctes: 9 mois de vie de garnison à Meknès dans la plus pure tradition des régiments de Cavalerie, avec en particulier la "reprise" d'équitation obligatoire (cauchemar pour certains S/Lieutenants qui avaient une sainte frousse des canassons!) mais "Par St Georges, Vive la Cavalerie, que diantre !" Même si en préambule on m'avait expédié à Bouanane, dans le sud marocain, la vie au quartier n'était pas désagréable. Mon épouse m'avait rejoint et mes collègues, jeunes S/Lieutenants, étaient :DELCROIX, PRINCE, de CAMAS, LABORIE, SARTOR, GANTOIS.... et mon peloton faisait partie de l'Escadron du Capitaine LORRAIN.

En avril 58, changement de décor: C'est l'Algérie avec affectation du Régiment à M'Sila. Transit à Alger, départ différé, logé à l'hotel Aletti le 13 mai 1958. Mon Escadron s'installe au sud de Selmane, la dysenterie fait des ravages, et la 1ère victime sera le Lieutenant E...... Plus tard, j'y créerai mon poste à Selmane, sur un piton, au pied donc du Hodna. Le MDL Chef me dit alors: "Si nous étions en Indo., les viets nous auraient déjà coupé les C...." Patrouilles de jour, patrouilles de nuit, embuscades, bouclages...on s'agite beaucoup.

Je découvre en moi deux tendances: Je ne crois pas à une solution favorable pour nous, à cette guerre d'Algérie, et je me découvre des fibres de baroudeur spécialisé dans les actions de nuit. Mais à la proposition de "rempiler", je décline fermement: "Il faut croire en ce qu'on fait".

De retour à la vie civile: angoisses, obsessions, cauchemars...je mettrai 6 mois à me remettre. Je suis happé par mon installation, dans la vie conjugale, par mon métier d'enseignant, mais je suis marqué indélébilement par la guerre d'Algérie et 27 mois d'armée.

  12_RCA_LOGNOZ_petit MDL Claude LOGNOZ - Classe 57 2/A

Après mes classes au CIDB à Trèves (Allemagne), je suis incorporé début janvier 1958 au 12ème Régiment de Chasseurs d'Afrique basé à Meknès (Maroc), commandé par le Colonel HUOT. Je passe à l'ECS pratiquement quatre mois de "villégiature", le Capitaine JEANTOUX est Chef de l'escadron, et je suis sous les ordres du Lieutenant LAMBOLEZ et de l'Adjudant MOREY. Notre régiment a alors un détachement à Bou Arfa à la frontière avec l'Algérie.

Le 13 mai, notre régiment arrive à Alger; nous serons cantonnés à Maison-Carrée avec un escadron de la Légion à cause des évènements.

Quelques jours après, nous partons en convoi à M'Sila dans le sud Constantinois. Première constatation: dans cette partie de l'Algérie il n'y a pratiquement pas de Français et donc notre langue n'y es pas parlé...par ailleurs, c'est une zone presque désertique au climat présaharien (45°C à l'ombre tous les midis de juin à septembre !) où vit une population clairsemée pratiquant la culture de l'orge (pas de blé) et l'élevage extensif d'ovins, de caprins, d'ânes et de chevaux (une belle variété de la race barbe). La France n'y a pas fait grand chose: des plantations d'oliviers qui périclitent faute de soins.

Très vite, je demande à quitter l'ECS pour être affecté en peloton dit "de combat". Donc, dès le début de l'été 1958, je suis muté au 1er Escadron à Ben Saoucha, commune de Selmane, commandé par le Capitaine ESPIEUX pour qui j'ai beaucoup d'estime pour son courage et sa droiture. Etant donné mon passé civil, il me propose de créer une école (en plus de mes activités militaires!!!). Dans un local vétuste (vieux bâtiment dit de colonisation), j'ouvre donc cette école mixte en septembre 1958, et très vite, grâce aux contacts avec cette population rurale et mes progrès en arabe, j'arrive à un effectif pléthorique. Je vais acheter premiers livres de lecture, ardoises etc... à Sétif. Le Capitaine, à cause du nombre d'élèves, m'adjoint un jeune du contingent, dévoué et efficace. Je tiens à souligner que la population locale nous fait un accueil excellent: hospitalière et appréciant la concertation. Ces gens ne sont pas français, mais pas du tout anti-français. En dehors des heures de classes et comme il n'y a que peu de préparation à faire (tous les élèves sont au CP !!!), j'aide le médecin, appelé comme nous, PANIZZOLI, affecté à la SAS de Ben Saoucha (commandée par le Lieutenant HERALY, avec comme adjoints, VALERO, MULLER et COUDURIER), dans sa tournée dans les mechtas. Aussi, même la nuit, je patrouille à cheval avec la Harka créée à l'Escadron, et sous les ordres de l'Adjudant BOURGEAT, ardéchois de souche. Enfin, je poursuis mon instruction militaire, passant pendant les vacances scolaires mon CA2 à M'Sila et le CIA à Sétif (premier de la cession).

C'est à ce moment là que notre Escadron participe au bouclage sud des Maadid pendant l'opération Etincelle menée par le Général CHALLE.

Dès la fin de l'été 1959, le plan de Constantine a touché notre région: l'école primitive est remplacée par un préfabriqué neuf de 2 classes. On nous demande d'envoyer en vacances en France, pour une semaine, trois de nos élèves. Je choisis délibérément 3 filles (Zohra, Beïja et...) Il a fallu palabrer !

Je dois ajouter que pendant ces dernières vacances, j'avais pris le commandement à l'escadron d'un peloton composé surtout d'Algériens.

Ainsi a passé une vie sous les drapeaux bien remplie et diversifiée, riche humainement. Aurais-je l'opportunité, pourtant souhaitée, de revoir mes anciens petits élèves, grandis, de Ben Saoucha ?

 12_RCA_BILLARD_pertit  Brigadier/Chef Yves BILLARD - Classe 57 2/B

Après avoir effectué quatre mois  de classes au C.I.D.B. de Trèves (Allemagne) et dix mois  au 1er Régiment de Dragons à Saumur, j'ai débarqué à Philippeville le 9 janvier 1959, pour rejoindre le 12ème RCA à M'Sila; puis affecté au 1er Escadron à Ben Saoucha. En début d'année, j'ai passé une petite période au camp de Selmane puis affecté à Ben Saoucha principalement.

Possédant mon permis de conduire AMM8, lorsque je suis passé Brigadier/Chef au mois de mai, aussitôt je fus nommé chef de voiture sur AMM8 "Bretagne" au 2ème Peloton. Le pilote était le Chasseur VINCENT, et comme tireur le Chasseur MORINET. Je suis resté dans cette Unité jusqu'à ma démobilisation le 21 février 1960.  

 12_RCA_BILLARD_pertit    Brigadier/Chef Yves BILLARD - Classe 57 2/B 

Je suis Yves BILLARD. Pour moi, regarder ce blog c'est passionnant. Il me rappelle beaucoup de souvenirs et, cerise sur le gâteau, il m'a permis de retrouver un camarade du 12ème R.C.A.. Nous avions 20 ans, c'était une période riche en histoires, et 51 ans plus tard, retrouver un bon camarade de bled, c'est génial.

A savoir, avec Fernand LIVACHE, nous étions ensemble au 1er Escadron à Ben Saoucha et au camp de Selmane. Grâce à ce blog et à son auteur le Lieutenant-colonel Claude AUBOIN qui a coordonné nos deux adresses, nous nous sommes téléphonés. Après, ce fut facile d'organiser une rencontre avec notre emploi du temps de retraités.

Donc, le 21 avril 2011, pour le repas de midi, nous étions ensemble autour d'une bonne table à Donzenac en Corrèze. Bien sur, nous avons pris un peu de poids, cependant mon camarade Fernand a conservé son timbre de voix. Ce fut une journée magnifique, agrémentée par un beau soleil, et nous avons parlé du 12ème RCA, surtout du 1er Escadron.

Beaucoup de souvenirs furent évoqués. Tout d'abord l'accrochage avec les fellagas à El Tolba où mon camarade Fernand reçut une balle dans le genou, et l'aide apportée par les camarades pour le sortir du guêpier ! Nous avons parlé aussi des opérations dans le massif Hodna avec les véhicules qui sautaient sur les pistes sous la pression d'une mine. Même l'auto mitrailleuse du Capitaine commandant l'Escadron un jour en fut la cible.( Il y eut seulement des dommages matériels). Les sorties de nuit à pied en embuscades ! Les surveillances de chantiers pour la construction de l'oléoduc d'Hassi Messaoud à Bougie ! Les escortes de convois de pétroliers jusqu'à Barika ! En évoquant cette panoplie d'histoires, quelques noms de camarades nous revenaient à l'esprit.

L'issue de cette belle recontre se termina vers 18 heures avec la promesse de se revoir.

Un seul bémol à cette journée forte en souvenirs, moi, j'étais accompagné de mon épouse, mais Fernand était seul, son épouse est décédée il y a deux ans.

Autre anecdote et complément d'information:

Le 2 octobre 1959, un FSNA déserta de son poste avec son arme. Les recherches restèrent vaines!

Ce Chasseur couchait dans la chambrée dont j'étais Chef de chambre.Vers 22 heures, m'apercevant de son absence, et après avoir constaté la disparition de son PM et ses chargeurs, je donnai l'alerte.

Quelques semaines plus tard, le S/Lieutenant MESTDAGH m'informa que le PM du déserteur en question avait été retrouvé au cours d’une opération.

 12_RCA_CARRIERE_portrait_petit     MDL Michel CARRIERE - Classe 57 1/C

Je suis arrivé en civil à Meknès début juillet 1957, étant de la Classe 57 1/C. Après deux mois  de classes, plus permis de conduire, etc...je fus muté au 1er Escadron. J'ai suivi le Peloton et le 1er avril 1958, je fus nommé Brigadier.

Nous quittâmes Meknès en avril 1958 pour l'Algérie, en faisant une halte d'environ 3 semaines à Casablanca. Puis ce fut l'embarquement sur l' "Athos II" avec débarquement à Alger. Après quelques jours passés à Maison Carrée, départ pour M'Sila via Bordj-Bou-Arreridj. A M'Sila, nous apprîmes que notre destination était Ben Saoucha.

En juillet 1958, mon Peloton est détaché à M'Sila où nous logeons sous tentes derrière les Services Techniques. La chaleur est intense, impossible de se reposer ! Nous faisons des escortes de M'Sila à BBA et parfois jusqu'à Sétif, deux AMM8, une devant, l'autre en queue de convoi, chacune équipée d'un canon de 37, d'une mitrailleuse de 50 et une de 30. Tout se passe pour le mieux, donc le Haut Commandement décide de mettre certaines escortes peu importantes à deux jeeps, une jeep de tête avec un chauffeur et un MDL, et la seconde jeep de queue avec un chauffeur, un tireur à l'avant avec la mitrailleuse de 30 et à l'arrière un Brigadier.

Début août 1958, un après-midi, une escorte est tombée dans une embuscade près d'un pont. Résultat: 3 morts, un blessé. Le véhicule escorté réussi à passer et à rejoindre BBA pour donner l'alerte. A notre arrivée, nous découvrons les corps de nos trois camarades, le Brigadier BEON et les Chasseurs VASSEUR et LEPECHOUR. Depuis août 1958, j'ai souvent en tête leurs noms et visages. En consultant notre Site, une photo montre l'endroit de cette embuscade. J'ai eu du mal à dormir cette nuit là.

En janvier 1959, je fus détaché à la PM à Sétif jusqu'à ma libération le 3 octobre 1959. 

12_RCA_OLEKSIUK_2_portrait_petit  MDL Michel OLEKSIUK - Classe 56 2/A

LA PRISON DE M'SILA

C'était dans les débuts de notre arrivée à M'Sila. Un jour le bruit a couru : il y avait un voleur parmi nous !
En effet plusieurs camarades qui devaient partir en permission en métropole dans deux ou trois jours ont été invités à aller chercher leur solde. Au retour du réfectoire, l'un d'eux s'est aperçu qu'il lui manquait de l'argent dans son portefeuille; et puis les autres aussi. Un voleur était passé par là pendant le temps qu'ils mangeaient.
Branlebas, les supérieurs ont été avertit et ont pris l'affaire en mains. Enquête, interrogatoire de toute la chambrée.


Il en est ressortit : le jour d'avant, quelques-uns avaient été sollicités par l'un des leur pour qu'ils lui prêtent un peu d'argent pour s'acheter des cigarettes et une bière, et curieusement il a été vu dans la journée au foyer acheter des clopes un casse-croûte avec une bière. Automatiquement les soupçons se sont portés sur lui. Après un interrogatoire musclé, ne pouvant justifier la provenance de l'argent, il a fini par avouer.


Le Colonel n'a pas mis longtemps à réagir : quinze jours ou trois semaines de cachot,  je ne me souviens pas. Il ne voulait  pas de voleurs dans son régiment.
Mais voila, où le mettre ? Il n'y avait pas encore de prison au régiment ! vite, on va en monter une dans la cour, derrière l'ECS, adossée à un mur. Ils enfoncèrent des pieux en fer, du gros grillage, des tôles dessus, une porte avec une chaine et un cadenas.
Elle fût inaugurée le soir même sans grande pompe ni ruban et le locataire y pris place.
Je le vois encore, assis la tête dans les épaules, au vu et su de tous ses camarades. Il avait tout le temps de se remémorer la saveur de la bière ( Pils ) et des clopes, pour sur, elles devaient avoir un goût amer.
Je  ne sais pas s'il a fait du rab à la quille, comme c'était le règlement mais sûrement !

 

UNE AMM8 DANS l'OUED

Un matin du mois d’octobre 1958, j’ai reçu l’ordre, avec mon escorte de jeeps, de me rendre sur place au chantier de l’oléoduc, et de rechercher les deux AM de la Patrouille du MDL René Chiroux qui n’étaient pas rentrées. Elles étaient parties la veille au soir monter la garde de nuit et elles auraient du être de retour depuis au moins deux heures. Nous partîmes donc. Je connaissais bien la piste car j’étais déjà allé monter la garde là-bas la nuit avec des AM. C’était à peu près à quinze ou vingt kms de M’Sila. Il avait fortement plu durant la nuit et la piste était un peu grasse. En arrivant à l’endroit où l’on devait traverser un oued, nous aperçûmes une AM. C’est bien me dis-je, ils sont là. Mais en m’approchant, il y avait bien une AM et les hommes autour, mais l’autre était dans l’oued, pleine d’eau à raz bord, attachée avec un câble à la première AM, et l’on ne voyait plus que son antenne radio qui émergeait du courant.

Les gars nous racontèrent qu’en revenant, il y avait déjà de l’eau qui coulait dans l’oued. La première AM a tenté de passer, elle y est arrivée, mais la seconde est restée en plein milieu, embourbée. Ils ont accroché un câble et tenté de la tirer, mais en vain, la terre sur la rive était trop mouillée et ça a patiné. Alors mon collègue le MDL René CHIROUX a dit : « Il faut sauver les armes ». Il est rentré dans l’oued, a décroché la mitrailleuse de 50, l’a mise sur l’épaule, et en se tenant au câble, avec de l’eau déjà au dessus de la ceinture, il a réussi à atteindre la berge. Le courant était de plus en plus fort. Nous ne nous attardâmes pas et avons fait demi-tour pour aller avertir les autorités et ramener le GMC Lot 7 pour qu’il puisse treuiller l’AM et la ramener à M’Sila.

En arrivant au PC, j’ai pensé que devant la gravité de l’évènement, il fallait aller prévenir le Colonel en premier, ce que je fis. Il me répondit : « On va faire le nécessaire, tu n’as qu’à aller à l’atelier et tu escorteras la dépanneuse.» Arrivés à l’atelier, nous avons attendu une demi-heure, rien ! Je suis alors allé m’enquérir auprès du Chef. Il m’a répondu qu’il n’avait pas encore l’autorisation. Vingt minutes après, toujours rien ! Ne comprenant pas, je décidais de retourner voir le Colonel. Celui-ci me paru surpris et me dit : « Retournes là-bas, je m’en occupe personnellement.» En effet, à notre arrivée à l’atelier, le GMC lot 7 tournait dans la cour et nous partîmes sans attendre.

Nous l’escortâmes jusqu’à l’oued où les gars commençaient à trouver le temps long. Nous sommes repartis sans assister à l’opération, l’autre AM était là pour la protection. Quelques jours après, j’ai demandé à mon Lieutenant comment ce faisait-il qu’il avait fallu attendre plus d’une heure pour que la dépanneuse puisse avoir l’autorisation de partir. Il m’a répondu que c’était parce que je n’étais pas passé par la voie hiérarchique. En effet, le Capitaine JEANDET qui commandait l’ECS, dont l’atelier régimentaire, n’avait pas été prévenu en premier et faisait preuve de mauvaise volonté, jusqu’à ce que le Colonel lui donne des ordres. Tous les Officiers étaient au courant, ils avaient du en parler entre eux au mess, et moi, j’ai alors appris ce qu’était la voie hiérarchique.

 

UNE NUIT DE GARDE A BEN SAOUCHA


La garde, tous les soldats la connaissent, elle est montée de jour comme de nuit dans le monde
entier. Je me souviens de ma première garde, c'était vers la fin des classes ou juste après. J'étais volontaire, car il me tardait de connaitre la sensation et l'adrénaline de se sentir seul la nuit responsable de la sécurité de mes camarades. Ce fut la première et la dernière fois, car par la suite, c'était plutôt une corvée.


Ayant été nommé Maréchal des Logis assez rapidement, ce furent surtout des gardes au poste de police que j'assurais. En tant que chef de poste, il me fallait mettre les sentinelles à leur place, leur communiquer le mot de passe et faire des rondes toutes les heures environ. Au poste de police, il me fallait noter toutes les entrées et sorties sur un registre.


C'était à Ben Saoucha en Algérie quelque temps après notre installation, début de l’été 1958. J’étais donc de garde cette nuit là. J'avais placé mes sentinelles dans des AM et des Half-tracks tout autour du campement et leur avais communiqué le mot de passe qui changeait tous les jours, ce n'était jamais le même.


Au cours d'une ronde, je m'approchais d'une AM qui était stationnée à l'extrémité du camp. Arrivé à vingt ou trente mètres du véhicule, je m'attendais à chaque seconde à entendre les sommations et que l'on me demande le mot de passe, mais rien ! Je commençais à "baliser" car nous étions en terre hostile et on pouvait s'attendre à tout et au pire !


Me tenant sur mes gardes, je m'avançai jusqu'au pied de l'AM. Rien ! Silence complet ! Il me fallait savoir. Je me hissai avec précautions sur le véhicule pour voir dans la tourelle. Heureusement, il y avait un clair de lune ce jour là. Arrivé en haut, j'aperçu un casque. Ouf ! La sentinelle était bien là. Elle dormait simplement à poings fermés, assise sur le siège. Il me fallait la réveiller, mais de qu'elle façon? Je choisis la manière forte ! Je lui assenai un magistral coup de poing sur la tête en lui criant : "Tu veux que tout le monde se fasse égorger avec toi le premier ?"
Le pauvre bougre n'a rien dit. Il devait se demander où il était et ce qui lui arrivait… Heureusement, le casque avait amortit le coup. Je descendis et continuai ma ronde.

Je laissai tomber car une histoire comme ça c'était le trou directement. Dormir pendant la garde ou abandon de poste, c'était le tribunal militaire ! J'étais sûr d'une chose, c'est qu'il finirait sa garde sans s'endormir à nouveau, stressé comme il devait l'être, et du même coup, moi aussi. Je ne sais pas s'il s'est rappelé de son mot de passe, mais de sa garde, cinquante ans après, il doit s'en souvenir !

S'il lit cette histoire, j’aimerais avoir de ses nouvelles.


L’AM  ACCIDENTEE

Un après-midi à M’Sila, un margis qui était avec nous au Peloton d’escorte fut chargé par notre Lieutenant de nous transmettre un ordre de mission.

Ce MDL était un parisien engagé. Quand il parlait, il se rengorgeait et ne roulait pas les R comme nos amis du Limousin ou de Carcassonne. Il savait tout et nous les provinciaux, nous étions tous des ploucs. Il passait ses journées à noircir des pages d’écriture à sa « fiancée ». Un jour pour le taquiner, je lui avais dit :

-       Tu passes tes journées à lui écrire et pendant ce temps là, elle …..

-       Ca ne lui avait visiblement pas plu, et ensuite quand il pouvait me faire une crasse, il ne me loupait pas !

Alors cette fois-ci, il désigna comme chef d’escorte mon collègue qui avait quatre mois de moins que moi, alors qu’au 12ème RCA, comme ailleurs je pense, à grade égal, c’est le plus ancien qui normalement a le commandement d’une escorte ou autre mission.

Moi, ça ne me faisait ni chaud ni froid, car si être le chef peut être valorisant pour certains, c’est d’abord une responsabilité avant tout. Mon collègue semblait heureux lui. Nous partîmes donc direction BBA à la rencontre d’un convoi pour l’escorter dans la montagne, lui devant cette fois-ci et moi derrière, à cinquante mètres.

Arrivés là où la route est toute en lacets avec je ne sais combien de tournants ( j’ai vu sur le blog que quelqu’un s’est amusé à les compter), au détour d’un virage, je vis apparaître un camion civil de travaux publics qui arrivait assez vite et je me dis aïe aïe aïe… c’est bon.

L’AM  roulait au milieu de la route, du côté droit le précipice de cent mètres ou plus, le chauffeur ne tenait pas trop la droite. Il faut dire qu’il était rare sur ces routes de croiser quelqu’un. Le choc fut inévitable et violent. Je vis l’arrière de l’AM se soulever et se déplacer sur la droite. Elle avait pourtant stoppé, mais le camion avait-il de bons freins ? Le chauffeur avait-il été surpris ou gêné ? Toujours est-il qu’il est passé quand même en frottant son côté droit sur le bord des rochers, ce qui a fini par l’arrêter. Le côté de l’impact n’était pas beau à voir !

Aussitôt arrêté, la porte de la cabine s’ouvrit et six ou sept gars en sortirent comme des lapins, l’un d’entre eux se tenait le bras, il était blessé. Je me portai à la hauteur de l’AM pour secourir d’éventuels blessés. Heureusement il  n’y en avait pas, ils étaient simplement choqués. Quant au véhicule, son avant gauche était HS, la roue couchée et l’avant train mort.

En quelques minutes, ayant analysé la situation, je dis à mon collègue encore abasourdi :

-       Je reprends le commandement de l’escorte, nous avons une mission à accomplir, je vais l’assurer. Quant à vous, vous restez là en ouvrant bien l’œil si vous ne voulez pas avoir de gros problèmes.

Nous arrivâmes à l’endroit où on s’attendait. Le convoi ne tarda pas et après les avoir informés de l’accident, nous repartîmes en direction M’Sila. En passant à côté des copains et de l’AM endommagée, nous nous inquiétâmes si tout allait bien et leur dîmes qu’on allait leur envoyer les secours dès notre arrivée. Les ouvriers arabes attendaient eux aussi.

Arrivés au régiment, je fis mon rapport de l’accident au Capitaine JEANDET. Il fit le nécessaire rapidement pour les ramener avant la nuit. Ce n’est pas moi, mais une autre escorte qui est allée les chercher.

Je me suis laissé dire quelque temps après que le Régiment avait pris à son compte les réparations du camion.

Quant à mon collègue, il a dû déchanter d’avoir été chef d’escorte ce jour là, avec tous les comptes-rendus circonstanciés à faire !

 

Autre anecdote :

Un jour du mois de juillet 1958, j'étais allé à BBA avec mes deux jeeps pour escorter un prêtre qui venait à M'Sila. Il avait une 203 Peugeot.


En traversant les montagnes, au lieu que nous appelions « la mechta qui fume », tous les anciens du 12ème RCA connaissent l'endroit, d'un côté la montagne et ses rochers et de l'autre côté de la route, dans le fond, il y avait une mechta, et à chaque fois qu'un convoi arrivait, il y avait de la fumée. Une vielle femme activait un feu pour qu'il fume et tout le monde savait bien que c'était pour prévenir les fells de notre arrivée. Elle nous voyait venir de loin. Cette fois-là, je ne sais pas si la mechta avait fumé, mais qu'est ce qu'on voit en arrivant, tout un groupe de soldats en armes et treillis qui descendait des rochers sans casque. Chez nous, pour chaque opération, nous avions le casque lourd sur la tête, et puis, pas un signe d’amitié comme l’aurait fait des Français.
Il y en avait déjà trois ou quatre qui avaient traversé la route et qui regardaient dans le fond vers la mechta.
Nous avons continué de rouler comme si de rien n’était, mais je peux vous dire que le sang s’est glacé dans nos veines et que nous avons serré les fesses, comme on dit.
Sitôt arrivé à M'Sila, je filais directement voir le Colonel pour lui rendre compte de ce que nous avions vu. Il m'a dit : « Je vais contacter l'Etat major pour voir s’il y a une opération en cours dans le Secteur. »
Le lendemain, mon Lieutenant me fit savoir que c'étaient bien des fells qui étaient en transit. C’était leur passage favori au milieu de ses montagnes du Hodna.
Là encore, la voie hiérarchique n’avait pas été respectée !

 

LE BARBIER DE M’SILA

Tout le monde a entendu parler du Barbier de Séville, mais celui de M’Sila, pas sûr !

Au pont de Barika, le voisin du collecteur de fonds était un barbier. Les jours de souk, il n’avait pas les pieds dans la même babouche si l’on peut dire. Les gens se pressaient et faisaient la queue.

Je ne sais pas s'il coupait beaucoup de cheveux ou s'il rasait beaucoup de clients, mais il avait une autre spécialité. Chez lui, il y avait comme un petit comptoir de bar avec quatre escabeaux. Les gens arrivaient, enlevaient leur grande chéchia (le turban qu’ils avaient tous sur la tête), s’asseyaient sur le tabouret et le coiffeur leur pinçait la peau derrière la nuque, dans le sens vertical, et faisait une petite incision à quatre endroits, puis prenait une espèce de petite cassotte en métal, l’appliquait sur la coupure et aspirait fortement, il fermait l’embout du petit tuyau avec un petit bouchon. Une fois les quatre cassottes posées, il s’occupait d’un autre client.

Il faisait cela rapidement et avec une dextérité remarquable. Quand il avait fini le dernier client, il revenait au premier et décrochait la première cassotte, vidait le sang déjà un peu coagulé dans un récipient sur le comptoir, remettait la cassotte et aspirait de nouveau, et ainsi de suite jusqu’à trois fois de suite. Alors, il pulvérisait avec une poire de coiffeur un liquide antiseptique, je suppose, et puis les gens remettaient leur turban, payaient et s’en allaient.

C’était une habitude là-bas, ça empêchait le sang de monter à la tête avec la chaleur. Une façon de soigner la tension peut-être. Chez nous, au Moyen Age, les médecins pratiquaient la saignée. 

 

LE COLONEL HUOT

Bien que j’ai servi pendant deux ans à Meknès sous ses ordres, je n’ai jamais eu le privilège de l’approcher ou même de lui adresser la parole. Il était un peu comme le Bon Dieu. Je ne lui en voulais même pas quand, de temps à autre, il me signait 15 jours d’arrêt. De toute façon, il y avait un dicton : Il n’y a pas de bon soldat s’il n’a pas fait de la prison ! »

Tout ce que je sais, c’est que quand il est arrivé à M’Sila, il s’est adressé aux habitants par haut parleur, il leur a dit à peu près ceci : « Moi le colonel HUOT, commandant le 12ème Régiment de Chasseurs d’Afrique qui vient de s’installer à M’Sila, je suis chargé de veiller sur la sécurité et la paix dans le Secteur. Je tiens à vous prévenir que si un de mes soldats est victime d’un attentat dans votre ville, je fais raser toute la médina avec mes chars et leurs canons ». Il est vrai que durant les six mois que je suis resté là-bas, nous n’avons eu à déplorer aucun attentat, pourtant, il aurait été facile de nous faire un hara-kiri les jours de souk où nous nous promenions parmi eux. D’ailleurs, certains d’entre eux n’y ont pas échappé.

 

LES ROUES DE L'AM DU COLONEL ET L'ASPIRANT DELCROIX

Le 14 juillet 1958, il y a eu un grand défilé à M’Sila pour la fête nationale. Je devais y participer avec mes AM. Levé de bon matin, tout le monde était sur son « 31 », c'est-à-dire en tenue de sortie. Arrivés à notre véhicule, catastrophe ! Il y avait deux roues à plat. L’AM ne comportait qu’une roue de secours et nous étions en tenue.

J’allais en aviser mon Lieutenant qui me dit : «Que veux-tu y faire ? Pour une fois, tu assisteras au défilé, au lieu d’y participer ».

Mon AM «BOURGOGNE» était stationnée à coté de celle du Colonel sur une petite place en face du P.C.

Pendant le défilé, nous discutions avec les servants de l’AM voisine, nous nous plaignons de crever tous les quatre matins. C’est alors que le chauffeur de l’AM du Colonel me dit : « ça ne risque pas de nous arriver, nos roues sont increvables !». je fus étonné d’entendre ça. Je ne savais même pas que ça existait. Au bout d’un moment, une idée me germa dans la tête : « Tu ne voudrais pas échanger tes roues avec les miennes ? Votre AM ne sort pratiquement jamais, alors que nous, nous sommes tous les jours sur les routes».

« Si tu veux » me répondit-il «Moi, ça ne me dérange pas ». Sitôt dit, sitôt fait. Dés que les chauffeurs ont eu un moment de libre, ils échangèrent les roues.  Aidés par leurs camarades, il ne fallut pas longtemps. Elles étaient un peu moins souples que les nôtres, mais « quelle tranquillité !», et pendant trois mois, jusqu'à ma libération, aucun souci de ce côté-là.

Ce n’était sûrement pas très réglo, mais il y avait un dicton au 12ème quand je suis arrivé à Meknès : « un Chasseur se dé… ».  Peut-être que certains s’en souviennent ?

Quelques temps avant ma libération à Ben Soucha, je vois arriver vers moi le Lieutenant DELCROIX. Il avait sous le bras des papiers et me dit : «Dites-moi Oleksiuk, je suis en train de faire l’inventaire des pneus des AM de l’escadron et je ne m’y retrouve pas avec les vôtres, les numéros ne correspondent pas, pouvez-vous m’expliquer ? ».

Sur le coup, je fus surpris, j’avais complètement oublié cette histoire de pneus. Je lui répondis : «Vous savez, nous avons eu beaucoup de crevaisons, c’est peut-être à l’atelier, ils ont dû les mélanger». J’ai tourné les talons.

Depuis que nous étions en Algérie à Ben Soucha, le Lieutenant DELCROIX commandait le deuxième Peloton d’escorte du 1er Escadron. Moi, j’étais au premier, mais pendant les six mois, si nous nous sommes croisés, jamais nous ne nous sommes adressé la parole. Il prenait soins de m’éviter je crois, et là, c’était la première fois, et pour cause.

Avant notre départ de Meknès, quinze jours ou trois semaines avant, un soir, j’étais en ville en perm, je regardais les jeunes danser sur le bord d’une guinguette. C’est alors que l’Aspirant DELCROIX passa à côté de moi. Du même régiment, il avait quatre mois de moins que moi. Je lui dis bonsoir, mais il ne me répondit pas. Il faut dire que nous étions en civil tous les deux : lui avait le droit, mais pas moi. Il était Officier, alors que moi, j’étais en ce temps là Sous-officier à l’infirmerie de garnison. Il m’était facile de sortir en civil en ville. Pour avoir des habits, il y avait sur le bord des routes des dizaines de boutiques qui vendaient des pantalons et des chemises.

Pourquoi je m’amusais à sortir en civil ? Je ne sais pas trop. Peut-être une sorte de bravade, de quitte ou double, au risque de se faire prendre ou alors, comme un chien que l’on détache quelques heures. Ça ne nous apportait rien, les filles ne nous tombaient pas dans les bras pour autant. Avec notre coupe de cheveux, on voyait de suite que nous étions des Trouffions !

Peut-être une semaine après cet incident, j’allais comme tous les jours accompagner le chauffeur de la voiture qui ramenait la nourriture des malades des cuisines du 12ème. Pendant qu’il chargeait les récipients, j’en profitais pour aller jeter un coup d’œil sur les décisions du Colonel qui étaient affichées dans un placard. En chemin, je croise le Chef SICRE qui me dit en ricanant : «ça sent le roussi Oleksuik, ça sent le roussi ! ». Je me demandais ce qu’il voulait dire, je n’ai pas mis longtemps à le savoir. Parmi les décisions affichées, il y avait : MDL OLEKSUIK, 15 jours d’arrêt pour s’être promené en civil en ville ! Nous sommes partis pour l’Algérie en passant par Casablanca, les 15 jours se sont envolés, mais le souvenir, lui, est resté. Je crois que l’Aspirant DELCROIX cherche toujours, car l’AM du Colonel faisait partie de l’ECS, mais au deuxième et au troisième Escadron, il y avait aussi des AM.

 

VRAI COLLECTEUR D’IMPÔTS

Comme souvent durant l’été 58, j’étais de garde avec mon AM les jours de souk au pont de Barika, la tourelle et le canon pointés vers le pont et un gars à la 50 dans l’autre sens. C’était pour impressionner et dissuader quelques attentats.

Pendant notre garde, je passais mon temps à regarder et surveiller aussi les allées et venues des gens qui se rendaient au souk. Sitôt passé le pont, les hommes sortaient les babouches de leur besace et les mettaient aux pieds, et en revenant, c’était le contraire : ils les enlevaient.

Il y avait aussi ceux qui faisaient leurs ablutions, accroupis dans l’oued. A un moment donné, je fus intrigué par ce qui se passait de l’autre côté de la rue. Il y avait là, sur le bord de l’oued, une échoppe, une épicerie où j’avais déjà acheté des bonbons pour les nombreux enfants qui nous entouraient.

Des hommes revenant du marché s’arrêtaient à l’échoppe et repartaient presque aussitôt sans rien acheter. Cela m’intrigua et je me mis à surveiller de plus près. En effet les gars entraient et s’accoudaient sur une table derrière laquelle le patron était assis. Ils échangeaient quelques mots. Le patron sortait alors un cahier de dessous la table et y inscrivait ou cochait quelque chose, ensuite remettait le cahier dessous la table et les gars repartaient. D’où je me trouvais, je ne pouvais pas voir s’ils laissaient de l’argent.

En réfléchissant, d’un seul coup, ça a fait tilt. Mais bien sûr, c’était un collecteur d’impôt pour les fellas.

Le soir ou le lendemain, quand je vis mon Lieutenant LEROUX, je lui fis part de ma découverte. Il sembla très intéressé. Il me dit « on va s’en occuper ». Quelque temps après, je lui demandai ce qu’il en était advenu. Il me répondit : « nous y sommes allés mais on n’a pas trouvé le cahier ».

Je lui demandai alors : « vous y êtes allés le jour du souk, l’après-midi ? »Il me dit « non ».

Encore un renseignement mal exploité me dis-je. Le Lieutenant, impatient, y était allé le lendemain.

 

MON  LIEUTENANT  LEROUX

Le Lieutenant LEROUX était mon supérieur hiérarchique direct. Il a commandé le premier Peloton d’AMM8 à Ben Saoucha et à M’Sila où nous étions détachés, depuis notre arrivée jusqu’à mon départ au mois de novembre 1958. Je n’ai jamais eu à m’en plaindre, nous avions des relations normales, plutôt sympathiques et je crois qu’il m’estimait bien.

Il avait quarante ans à peu près, il était maigre et avait les joues rougeoyantes  et une pomme d’Adam proéminente. Il était surtout un peu excentrique et toujours surexcité, il voulait  convaincre son auditoire.

Combien de fois, lors d’une mission, quand sur la route nous croisions un homme à pied ou en vélo, il arrêtait son AM, descendait et interrogeait plutôt durement le type, voulant lui faire avouer tout un tas de choses. Pour lui, tout le monde était suspect.

Je me souviens qu’un jour, en revenant de BBA, il aperçut un gars qui marchait à une cinquantaine de mètres de la route. Il stoppa son AM et après être descendu, se mit à courir derrière en lui criant de s’arrêter. Le type voyant ça prit peur et se sauva, le Lieutenant derrière lui. La séance était folklo, surtout que j’avais fait pointer le canon de la tourelle sur le fugitif. Il fallait soutenir notre Lieutenant, sait-on jamais ?

Il  m’est même venu à l’idée d’envoyer un explosif devant le gars pour le stopper, puis je me suis dit : « Ne cherche pas les emm…  et les comptes rendus ».

Notre intrépide revint, quelque peu essoufflé, nous remercia de l’avoir soutenu et nous repartîmes.

 

COLLECTEURS DE FONDS

Un après midi de la fin d’octobre, alors que nous étions de retour à Ben Saoucha, mon Lieutenant me dit que ce soir, il allait monter une opération. C’était la fin du mois , les villageois qui travaillaient avaient reçu leur paye et les collecteurs de fonds allaient passer les voir. Pour ce faire, il avait  réquisitionné un camion civil avec son chauffeur : les villageois allaient venir lui offrir leur obole. Comme ça, il pourrait les attraper et les faire parler.

En attendant le soir, je me disais : « pourvu qu’il prenne un autre margis, comme ça je pourrai aller dormir et me reposer, la journée avait été dure ! »

Manque de pot, vers 21 heures, mon Lieutenant LEROUX vient me voir et me dit : «OLEKSIUK, tu prends six hommes avec les PM et rendez-vous au poste de police à 22 heures».

Arrivés, le lieutenant nous attendait et le camion civil un peu plus loin. Nous montâmes, le Lieutenant à côté du chauffeur et en avant. Au bout de quelques kilomètres, il fit tourner le camion à gauche et emprunta une piste qui conduisait à des douars, des villages indigènes.

Ces derniers jours, il avait plu pas mal et la terre, là-bas, elle devient « amoureuse » comme on dit chez nous. Au bout d’un kilomètre ou deux, le camion peinait, il était en première et avait du mal à avancer. Dans la cabine le Lieutenant criait après le chauffeur : « avance ou je te brûle la cervelle ». Il le traitait de tous les noms. Malgré les redémarrages avec le moteur à fond, le camion calait.

Nous descendîmes pour voir ce qu’il y avait. Bien sûr, la boue s’était accumulée entre les roues et le châssis bloquait. Le Lieutenant nous dit : « allez les gars, il faut dégager les roues ». Les uns tiennent les armes et les autres se remplacent. A mains nues, ça ne donnait pas grand-chose, ils prirent la manivelle et arrivèrent à en enlever un peu.

Nous remontâmes dans le véhicule et en avant. Le Lieutenant recommença à hurler après son chauffeur : peine perdue. Après deux ou trois cents mètres, rebelote : tout le monde descend. On gratte un peu, les gars commençaient à en avoir marre. Dès le début,  j’avais vu et compris que l’on n’arriverait à rien, mais je m’étais bien gardé de lui en faire part. Après être repartis une énième fois, un coup de fusil nous fit sursauter. Tout le monde débarqua et je leur ordonnai de se coucher sur les bas-côtés croyant à une attaque ou à une mine.

Après un moment, comme rien ne bougeait, nous allâmes voir de plus près. C’était un pneu qui avait éclaté à force de frotter et puis autre chose, le radiateur s’est mis à fumer : il n’y avait plus d’eau ! Qu’à cela ne tienne, à la guerre comme à la guerre, le Lieutenant donnant l’exemple monta sur le pare choc se mit à uriner dans la radiateur et  tout le monde derrière lui. Il avait oublié une chose : durant tous ces arrêts les hommes s’étaient soulagés depuis longtemps et ce n’est qu’un pipi de chat qu’ils ont pu faire. Il a alors demandé au chauffeur un bidon. Celui-ci vida l’essence dans le réservoir et tendit le jerrican : «Tiens OLEKSIUK , prends deux hommes et va chercher de l’eau, surtout ne va pas dans une mechta ».

Je partis donc, un ordre est ordre, ça ne se discute pas ! Il faisait nuit noire, on n’y voyait rien. Où trouver de l’eau ? Avec les gars, on avançait sans savoir où on allait. A un moment, nous aperçûmes, se découpant  dans le ciel, des mechtas. Bien, c’est là qu’on va aller.

En arrivant, tout le monde était dehors, accroupi le long des maisons : « sala malekoum est-ce qu’on peut avoir de l’eau ? ». « Mais bien sûr, tout de suite. ». Ils nous ramenèrent le bidon plein d’eau et après les avoir remerciés, nous sommes repartis.

Avec tous les vrombissements du camion, les hurlements du Lieutenant et l’explosion du pneu qui s’entendaient à plus d’un kilomètre à la ronde, tout le monde était réveillé et dehors pour voir ce qui se passait.

En arrivant le Lieutenant était content. Il remplit le radiateur et me demanda où j’avais trouvé l’eau. Je lui répondis : « d’après vous mon Lieutenant ?».

Il n’insista pas. De nouveau nous repartîmes. Les gars avaient eu le temps de nettoyer un peu mais peine perdue, après  un bout de chemin, tout recommença, coup d’embrayage avec le moteur à fond, le Lieutenant qui hurle et d’un seul coup un bruit sec sous le camion qui s’arrête et le moteur qui s’emballe. On descend, on essaie de comprendre, c’est vite fait : un arbre de roue est cassé, c’est fini, il n’y a plus rien à faire !

Le Lieutenant se résigne alors et abandonne la partie, laissant là le pauvre gars avec son camion bien endommagé.

Il ne nous reste plus qu’à retourner à pied à Ben Saoucha, ce que nous fîmes après deux heures de marche, nous rentrâmes fatigués, épuisés, au petit matin, dormir un peu et se reposer.

J’ai toujours soupçonné le Lieutenant LEROUX d’avoir cassé les pieds au Lieutenant E…… qui commandait le premier Escadron, jusqu’à ce que celui-ci l’autorise à monter son opération. D’après lui, c’était réglé comme du papier à musique mais la théorie et la pratique peuvent différer. Un grain de sable peut bloquer une mécanique mais là, en l’occurrence, c’était de la boue.

 

LE LIEUTENANT E…….Commandant notre 1er Escadron

Pour ce qui est du Lieutenant E……, il faut dire que je ne le voyais pas souvent non plus. Etant détaché à M’Sila et tous les jours parti sur les routes, je n’étais pas souvent à Ben Saoucha. Pourtant, un jour au moment de partir escorter le convoi qui partait pour BBA, le Lieutenant LEROUX m’apporte une valise.

-       « Tiens  » me dit-il, « Il faut que tu remettes cette valise de X…. au convoi qui part pour Sétif quand vous arriverez. Il doit être rapatrié demain, il est à l’hôpital. »

Bien. Nous arrivons à BBA et comme d’habitude, nous garons nos véhicules au camp du 8ème Spahis. Peut-être une demi-heure après être arrivés, d’un seul coup : la valise ! Nous l'avions tout à fait oubliée et le convoi était parti, et déjà loin ! Que faire maintenant ? La laisser ici en disant qu’on l’avait oubliée, mais le camarade ne l’aurait pas pour partir le lendemain, ou alors l’emmener à Sétif, à l’hôpital, comme me le suggéra mon chauffeur qui ne demandait pas mieux que d’aller faire un tour à Sétif, au lieu de se morfondre toute la journée en attendant le retour.

Bien sûr, c’était la solution, mais sans ordre de mission... Comme mon chauffeur insistait, j’ai pris sur moi la décision, et nous sommes partis après en avoir informé nos collègues de l’escorte. 80 kilomètres, je crois. Il ne nous a pas fallu longtemps avec la jeep VLRD Panhard et une bonne route de plaine pour arriver à destination.

Nous allâmes directement à l’accueil de l’hôpital où nous remîmes la valise, en précisant bien que notre camarade partait pour la France le lendemain. Il n’y avait pas de problème…

En s’en revenant, dans les allées de l’hôpital, nous tombâmes nez à nez avec le Lieutenant E……... Nous nous saluâmes, et il nous demanda ce que nous faisions ici. Après lui avoir expliqué, il nous dit :« c’est bien ». Salut, et chacun partit de son côté. Je me suis bien gardé de lui dire que j’avais oublié de donner la valise au convoi, et surtout que j’étais venu à Sétif sans ordre de mission. Il était hospitalisé suite à une méchante dysenterie, séquelles de maladies tropicales rapportées d'Indochine.

Nous avons profité de notre séjour là-bas pour visiter un peu la ville. Nous avons fait cinq ou six magasins de radio TSF. Je voulais m’acheter un petit poste radio, mais sur pile de 12 volts, pour écouter de la musique surtout, car les informations ou autre ne m’intéressaient guère à cette époque. Mais voilà, nulle part il n’y avait de poste radio sur pile. Un vendeur a fini par me dire que c’était strictement défendu, les fells se servaient des piles pour faire exploser des mines sur les pistes, et du courant 110 volts, il n’y en avait pas à Ben Saoucha, ni sous les tentes.

Nous sommes donc revenus sans rien acheter. Nous sommes arrivés largement à l’heure pour le départ de l’escorte sur M’Sila.

Voilà la seule fois, je crois, que j’ai adressé la parole au Lieutenant E……...

 

DEPART DE M’SILA

Depuis fin octobre 1958, le premier Peloton d’escorte du premier Escadron avait quitté M’Sila et était cantonné sous des tentes, sur le bord de la route qui va de M’Sila à Barika, je pense un peu avant la piste qui conduisait à Ben Saoucha.

Nous étions commandés par un jeune Lieutenant. Je me souviens qu’il coupait des bûches avec une scie à main. Il forçait comme un bœuf. Je lui demandai  de me montrer sa scie :

« Mais elle n’est pas aiguisée et n’a pas de chemin ; il faudrait l’aiguiser avec une petite  lime et écarter  un peu les dents » lui dis-je.

-  « Mais ça ne fait rien »,  me répond-il,  « c’est  juste pour faire de l’exercice ».

C’était  le 12 novembre 1958, d’après les copains, car moi je suis fâché avec les dates. Un jour comme un autre pour moi,  pas tout à fait !

Je me levai et allai à la tente à côté pour prendre mon café. Il n’y avait personne et pour réchauffer le petit noir, il y avait bien un petit réchaud à essence que je n’avais jamais utilisé. J’ai essayé de l’allumer, mais rien à faire. D’un seul coup, il s’est enflammé tout entier. Heureusement, j’ai eu la présence d’esprit d’attraper le premier vêtement à ma portée et d’étouffer le feu, après quoi, j’ai bu mon café froid et suis sorti.

Dehors mes hommes m’attendaient. Ce matin la mission était : Ouverture de route vers M’Sila. Nous montâmes dans les AM et partîmes. L’ouverture de route consistait à faire le trajet désigné pour voir s’il n’y avait rien d’anormal. R.A.S., nous sommes arrivés à M’Sila. Mais voilà qu’en remontant la rue principale vers l’ECS, je vois des militaires en tenue de sortie avec leur paquetage. En arrivant plus près, je reconnais des copains de la classe des autres Escadrons ! Une émotion intense m’envahit, la quille enfin !

-   « Mais qu’est-ce que tu fais là, tu ne viens pas avec nous ? » me demandent t'ils.   

-   « On ne  m’a rien dit, répondis-je mais j’espère bien que si. »

Je fis faire demi tour à l’AM et dis à tout à l’heure aux copains. Arrivé au camp, j’allai remettre mon arme au Lieutenant et lui annoncer que j’avais enfin la quille.

- « On ne m’a pas prévenu  » répondit-il, « prends une jeep avec un chauffeur et bon retour !      

 Je ne mis pas longtemps à changer de tenue, et après un bref adieu à mes hommes en leur souhaitant bonne chance, je partis avec la jeep. En route, je demandai au chauffeur de me laisser le volant, car, durant mon séjour là-bas, je n’avais presque jamais conduit. Mais après quelques centaines de mètres, ne me sentant pas à l’aise, je lui redonnai le volant. Ce n’était pas le moment de se virer le jour de la quille et de se faire tuer comme notre copain Claude DELAGARDE qui avait laissé le volant de son AM à son Margis.

Arrivé à M’Sila, je rejoignis les copains, mais voilà que le Chef SICRE m’interpelle :

-   « Alors OLEKSIUK tu veux rester ici ? qu’est-ce-que c’est que ces chaussettes rouges ? »

En effet,  j’avais mis des chaussettes rouges : un restant du temps où je sortais en civil à Meknès. Là encore, je  vidai prestement mon paquetage par terre à la recherche de chaussettes militaires et remis le tout  en place n’importe comment.

Nous fîmes le voyage vers BBA en GMC. En passant sur le pont de Medjez, j’ai eu un pincement au cœur en pensant à mes camarades qui y étaient morts et aux heures d’angoisse que j’y avais vécues, mais bien, vite la joie est revenue avec les autres. Borj Bouaréridj en train, pas trop rassurés en passant dans les montagnes : il y avait bien quelques soldats sur des wagons à plate-forme, mais nous n’avions pas d’arme. Enfin tout se passa bien !

Arrivés à Alger, nous étions en rang pour monter dans le bateau, je me souviens. J’étais avec mon copain Jean-Claude BAILLON, on s’était promis pendant les classes qu’à la quille on irait faire une balade avant de rentrer chez nous, ce que nous avons fait.

Il y avait deux militaires à l’entrée de la passerelle avec une caisse, ils distribuaient un petit saucisson à chacun avant l’embarquement, comme un petit cadeau d’adieu. Je dis à Jean-Claude :

-   « Tu vois,  avant qu’on arrive à la caisse, il n’y aura plus de saucissons. »

-   « Attends », dit-il, « Fais attention à mon paquetage » et le voilà jouant des coudes pour se frayer un chemin « Attention c’est pour le capitaine » et tout le monde s’écartait. Arrivé aux saucissons : « C’est pour le capitaine ». il en eut deux et revint. « Tu vois » me dit-il, « pas plus difficile que çà. »

Je ne me souviens pas si en arrivant à la caisse on y a encore eu droit. C’est un pince sans rire avec du culot. « Audace n’est pas déraison » : c’était la devise du 12ème et aussi la sienne.

Du voyage de retour sur le bateau, je n’ai aucun souvenir. Nous avions chacun une marraine de guerre avec  lesquelles on s’écrivait des lettres pour passer le temps. A notre départ, on les passait à d’autres, c’est comme çà qu’on les avait eues.

En arrivant à la gare, nous nous délestâmes de nos paquetages en les mettant à la consigne, après quoi, à nous la liberté. Première chose, trouver l’adresse de ma marraine. En demandant, on a fini par trouver. En chemin, nous nous sommes fait interpeler par un adjudant qui nous reprochait de ne pas avoir notre calot sur la tête. On a eu envie de lui balancer : « Espèce de planqué ! On vient tout juste de débarquer après deux ans et demi en Algérie, c’est pas maintenant que tu vas nous em…… » Mais on s’est tu et on a continué.

Après avoir sonné à l’immeuble où elle habitait, au bout d’un moment, un petit trouffion est descendu,  on lui a demandé si on pouvait voir Melle X…., il nous a dit :

-   « Pas maintenant, mais si vous voulez la voir, allez sur la Canebière ce soir on s’y promènera. »

Je me reculai  un peu et regardai en haut,  je vis une tête qui rentrai rapidement. Bon, une affaire de réglée !

Nous revînmes à la gare, destination Avignon où travaillait la marraine de Jean-Claude, elle était serveuse dans un restaurant. Nous fûmes accueillis comme des rois, logés et nourris pendant trois jours, nous sommes même allés à un bal le samedi soir.

Puis ce fut le retour, Marseille, les paquetages, le train pour Bordeaux. Pendant le trajet,  j’ai même retrouvé un copain du 12ème, un pied noir qui avait été invité par des copains en France. Après avoir été chez un, il remontait sur Lille pour en voir un autre. Il me confia :

-    « Je suis un peu déçu,  je croyais que  la France c’était plus beau que ça. Ici tous les murs sont gris, le mois de novembre, la pluie. Bien sûr Meknès ou Alger La Blanche, c’est plus beau ! Et dire que ce sont les Français qui ont bâti tout ça et qu’ils leur ont laissé ! "

 

LA MINE

C'était durant l'été 1958, des élections s'approchaient pour l'Algérie française. Je pense que les autorités militaires reçurent l'ordre d'aller informer la population, d’expliquer les raisons de cette élection. Un jour, nous partîmes donc à quatre jeeps. Il y avait deux interprètes avec un chauffeur dans l’une, un Lieutenant et son chauffeur dans l'autre, et moi, avec mon escorte. Nous prîmes une piste qui menait à un village.

Arrivés en vue du douar, d'un seul coup, il y eut une explosion derrière moi. Une mine, pensais-je de suite. Je criai au chauffeur : « Sors de la piste ». Ce qu'il fit précipitamment au risque de nous renverser. Aussitôt arrêtés, je me précipitai pour voir et porter secours à d'éventuels blessés de l’escorte. Heureusement, il n'y en avait pas, si l'on peut dire. Ils étaient choqués et commotionnés, ils n'entendaient plus et ne voyaient rien. Nous les avons allongés sur le bord de la piste pour qu'ils reprennent un peu leurs esprits. Un coup d'oeil à la jeep HS bien sur. Nous avons retrouvé la pile enterrée dans un trou sur la piste, avec deux bouts de fil. La mine avait sauté quand les roues étaient passées dessus et avaient fait contact. J'avais eu de la chance, une fois de plus. Bien sur, l’opération fut annulée. Nous avons ramené les pauvres gars à M'Sila à l'infirmerie et il a fallu aller rechercher la jeep.

Deux jours plus tard, nouvelle expédition, au douar cette fois-ci, avec plus d'hommes, tout le Peloton. Les véhicules ont entouré le village et le Lieutenant LEROUX m'ordonna, avec les autres, d’aller fouiller toutes les maisons et les tentes. Il nous recommanda de faire attention, car souvent sous les tentes, il y avait un grand tapis au sol, et dessous, il y avait un trou, une cache. Alors nous soulevions les tapis avec précaution. Dans le village, il n'y avait presque plus personne, sauf quelques vielles femmes et des jeunes enfants. Les habitants nous avaient vus arriver de loin, et s’étaient tous évaporés dans la nature. Arrivés à la fin, il ne restait plus qu'une mechta un peu à l'écart. Elle était en briques de terre avec une petite cour devant, entourée d'un petit muret. Nous y entrâmes à trois, et là, à l'intérieur, surprise, il y avait du monde. Sur un lit de camp, au milieu de la pièce, était couché un jeune homme barbu, avec autour, trois ou quatre femmes qui se lamentaient et pleuraient en nous faisant comprendre qu'il était très malade. Elles lui essuyaient le visage sans arrêt, car il transpirait à grosses gouttes et tremblait tellement qu'il se soulevait sur son lit. Il avait les yeux exorbités. A part ça, rien de suspect. Je n'avais pas l'intention de rudoyer, ni de maltraiter ce pauvre malade, ni ces femmes, qui n'auraient pas manqué de s'opposer à ce qu'on l'embarque. J'étais naïf, je le reconnais maintenant. Mon éducation et ma culture étaient comme celles des chevaliers d'antan : "Tu protègeras la veuve et l'orphelin et prendras soins des vieillards et des nécessiteux". Dehors, En partant, je me suis retourné et j'ai vu la vieille femme, celle qui pleurait et qui gémissait le plus, regarder par dessus le muret pour voir si on s'en allait vraiment. Ca m'a paru bizarre. Nous regagnâmes les véhicules ; mission terminée, RAS.

Le lendemain, en discutant avec mon Lieutenant LEROUX, il me raconta comment il avait suivit ma progression à la jumelle. C’est là que je lui ai parlé du barbu malade et de la vieille femme. « Mais c’était un fell » s'exclama t’il. « Il était couché sur son arme, il transpirait et grelotait car il était mort de trouille. La vieille qui surveillait votre départ, c'était surement sa grand-mère. Elle vous a joué la comédie et vous a bien bluffé ». Le Lieutenant LEROUX avait surement raison, mais j'ai souvent pensé à cette histoire. Pourquoi ne s'était-il pas enfui avec les autres. Etait-il vraiment malade ou peut-être dormait-il et personne ne l'a réveillé, c’est peu probable. Quant aux élections, je ne sais si beaucoup de villageois sont allés voter !    

 

  Chasseur Serge BARRE    Classe 1958  1er Peloton

Muté à M’Sila en 1958, j’ai été incorporé à Ben Saoucha après un mois et demi passé au 5ème Dragons stationné à Périgueux.

J’ai servi sous les ordres de l’Adjudant LEROUX, de l’Adjudant MAISONDIEUX, du Lieutenant Patrick SIMON, j’ai été chauffeur de ce dernier jusqu’à la création du poste de Selmane. J’ai également été sous le commandement du Lieutenant E.

Lors de l’accident de l’AM « COTENTIN », j’étais à bord en tant que copilote et c’est moi qui ai récupéré les armes individuelles de chacun.

Tant qu’au Lieutenant de LATOUR, je lui dois 30 jours de prison pour sommeil pendant la garde de nuit.

Je n’ai pas de gloriole mais j’ai toujours fait mon devoir de militaire. Je suis actuellement et depuis presque 28 ans porte-drapeau à l’UNC de Nantes.   

Et par Saint Georges et les anciens du 12ème RCA, toutes Classes confondues, Vive la Cavalerie Blindée.

                                         

PERSONNAGES DU 1er ESCADRON

 

1957-1958 - S/Lieutenant Jacques BLADANET(1931 - 2012) du 1er Escadron à Meknès, puis en Algérie. Chef du 3ème Peloton, il a créé le poste de Selmane. A été blessé à la main droite, suite à une chute, lors d'une patrouille de nuit le 9 août 1958 au village de Selmane.    

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Collection J. Bladanet

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1961 - MDL Henri-Jean GEVAERT du 1er Peloton à Constantine pour la garde d'Honneur du Général DUCOURNEAU

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                                                                              Collection H.J.Gevaert

8 mai 1960 - L'Adjudant Gabriel MAISONDIEU LAFORGE, Adjoint du Peloton BLADANET, reçoit la Médaille Militaire.

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                                                                                                        Collection G. Maisondieu Laforge

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1960 - Le Brigadier Alain THIERIOT à Selmane

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1962 - Adjudant/Chef X à Bougie

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                                                                                                                 Collection H.J. Gevaert.

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12 avril 1959 - Le médecin PANIZZOLI & le MDL LOGNOZ à Alger 

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                                                                                                              Collection C. Lognoz

1959 - 1ère Classe Fernand LIVACHE, Blessé par balle au genou droit le 8 décembre 1959 à El Tolba, lors d'une opération dans les Maadid. Décoré de la Croix de la Valeur Militaire avec étoile de Bronze.

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                                                                                               Collection F. Livache

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1959 - Le Chasseur André COUDOIN

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                                                                                                                 Collection F. Livache

1959 - M'Sila - A gauche le Chasseur Emile BILLOT. A droite le Chasseur Fernand LIVACHE

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                                                                                                                 Collection F. Livache

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1959 - Le MDL Michel CARRIERE.

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                                                                                                         Collection M. Carriere

 

1958 - Brigadier Roland GODIA, Classe 57 1/C

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Collection R. Godia

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CITATIONS A L'ESCADRON

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                                                                                                    Collection Famille Troton

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                                                                                                  Collection C. Lognoz

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                                                                                                         Collection Fernand Livache

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 Divers 

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Septembre 1958 - Carte d'électeur de la Commune de Selmane 

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                                                                                                            Collection C. Lognoz

1959 - Ben Saoucha - Jour de fête du Père Cent. Colonne de droite: 1er Brigadier/Chef BILLARD, 4ème Chasseur ELIE, 5ème Chasseur NOEL, 8ème Chasseur BROSSET. Au fond à gauche, le long du mur, le Chasseur GOESPEL.

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                                                                                                              Collection F. Livache

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3 octobre 1959 - Port de Marseille - La Classe 57 1/C du 12ème RCA revenant d'Algérie après 27 mois et demi de Service Militaire. Le 2ème à gauche, MDL Michel CARRIERE.

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                                                                                                              Collection M. Carriere

 

12RCA CARRIERE certificat de bonne conduite

 

Collection M. Carrière

 

 RENCONTRES D'ANCIENS CAMARADES

 

Juillet 2013 - Rencontre 55 ans après du MDL Michel OLEKSIUK, à droite, et du Chasseur de 1ère Classe André MASSICARD. Ce dernier nous a quitté le 3 Août 2013...

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Collection M. Oleksiuk

 

27 Avril 2014 - Presque 58 ans après, six camarades de la Classe 56 2/A du 1er Escadron se sont retrouvés chez le Chasseur d'Afrique Claude JOUBERT autour d'un savoureux repas. Ils ont échangé de nombreux souvenirs et anecdotes, regardé des albums, pris des photos pour immortaliser ces moments inoubliables. Ils se sont séparés en se promettant de se revoir bientôt si leur santé le permet.

de gauche à droite : Jean-Claude BESNAULT de Tours - Claude JOUBERT de la Vienne - Jean Claude BAILLON du Lot et Garonne - Michel OLEKSIUK de la Charente - Robert LEYNIAT de Limoges et Robert RENOUX du Lot et Garonne.

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Collection M. Oleksiuk

 

 

Septembre 2015 - Nouvelles rencontres de trois anciens de l'Escadron avec leurs épouses. En cette occasion, ils saluent tous les Anciens du 12ème R.C.A. qui parcourent le blog.

A Limoges chez Robert LEYNIAT pour regarder des photos, un certificat de bonne conduite, des médailles et le calot bleu à fond jonquille !

dans le salon, de gauche à droite : Robert LEYNIAT - Michel OLEKSIUK - Claude JOUBERT

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Collection M Oleksiuk

Puis, 8 jours après chez Michel OLEKSIUK pour les vendanges :

de gauche à droite : Michel OLEKSIUK - Claude JOUBERT - Jean-Claude BAILLON

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Collection M. Oleksiuk

 

 

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Pour nous joindre : auboin.claude@wanadoo.fr

 

 

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